Tu as mal à l’épaule et tu te demandes si tu devrais passer une IRM ou une radiographie ? Ton médecin t’a prescrit un examen d’imagerie et tu veux comprendre ce que ça va révéler ? Ou pire encore : tu as déjà fait une échographie qui montre des « anomalies » et maintenant tu stresses ?
Respire un bon coup.
Je vais t’expliquer pourquoi l’imagerie de l’épaule n’est pas toujours nécessaire et surtout, pourquoi voir des anomalies à l’imagerie ne veut pas forcément dire que tu as un problème grave.
Tu vas découvrir que ton épaule est probablement plus « normale » que tu ne le penses, même si le compte-rendu du radiologue te dit le contraire.
Avant de te diriger vers un examen d’imagerie, parlons de ce qui compte vraiment : l’examen clinique.
La Haute Autorité de Santé (HAS) est formelle dans ses recommandations 2023 : face à une épaule douloureuse non traumatique, l’examen clinique est la priorité absolue pour poser un diagnostic. L’imagerie ne doit être envisagée que si cet examen fait suspecter une pathologie sévère.
Pourquoi cette insistance sur le clinique ?
Parce que ton histoire et tes symptômes racontent bien plus que n’importe quelle image.
Quand je t’examine au cabinet, je cherche à comprendre :
Ces informations cliniques, combinées à des tests spécifiques, me permettent dans la majorité des cas de savoir ce qui se passe dans ton épaule. Sans avoir besoin d’une seule image.
D’ailleurs, les études scientifiques le confirment : l’examen clinique seul permet un diagnostic précis dans 70 à 80% des cas de douleurs d’épaule (Cools et al, 2016 ; Lewis et al, 2018).
Maintenant, abordons ce qui inquiète souvent les patients : les résultats d’imagerie.
Tu sais ce que révèlent les recherches scientifiques ? Quelque chose d’absolument fascinant et qui devrait te rassurer :
Des personnes sans aucune douleur à l’épaule présentent des anomalies à l’imagerie.
Et ce n’est pas anecdotique. On parle de chiffres considérables.
L’étude de Minagawa et al. (2013) a réalisé un dépistage de masse dans un village japonais en examinant les épaules de centaines de personnes, qu’elles aient mal ou non. Les résultats sont révélateurs :
📊 Dans la population générale, 22,1% des personnes ont une rupture de la coiffe des rotateurs.
Mais voici l’élément crucial : les ruptures asymptomatiques (sans douleur) sont deux fois plus fréquentes que les ruptures symptomatiques (avec douleur).
Les données deviennent encore plus intéressantes quand on observe par tranche d’âge :
Et voici le point essentiel : la majorité de ces personnes n’ont aucune douleur.
Plus on vieillit, plus l’imagerie risque de montrer des « anomalies ». Mais cela ne signifie pas nécessairement que la douleur est présente ou qu’un traitement est nécessaire.
Lawrence et al. (2019) ont comparé les IRM des deux épaules de personnes qui avaient mal uniquement d’un côté. Résultat surprenant ? L’épaule qui ne fait pas mal montre souvent autant d’anomalies que l’épaule douloureuse.
Autrement dit : tu peux avoir une rupture de la coiffe, une tendinopathie ou une arthrose sur les deux épaules, mais n’avoir mal que d’un seul côté.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Que les anomalies visibles à l’imagerie ne sont pas nécessairement la cause de ta douleur.
D’autres études montrent que :
Tu comprends maintenant pourquoi je dis toujours à mes patients : « Ne t’inquiète pas outre mesure de ce que montre l’imagerie. Ce qui compte, c’est comment tu te sens et comment tu fonctionnes. »
Si ton examen clinique suggère qu’une imagerie est nécessaire, plusieurs options existent. Chacune a ses avantages et ses indications spécifiques.
Qu’est-ce qu’elle montre ?
Ses limites ? La radiographie ne visualise pas les tendons, les muscles ou les ligaments. Elle montre uniquement les structures osseuses et les calcifications.
Quand est-elle utile ? Elle est recommandée en première intention si on suspecte une pathologie osseuse, de l’arthrose ou des calcifications.
Qu’est-ce qu’elle montre ?
Ses avantages ? Elle est non irradiante, accessible, moins coûteuse et permet un examen dynamique (on peut bouger ton épaule pendant l’examen).
Ses limites ? Elle est très dépendante de l’opérateur. Un échographiste expérimenté en musculo-squelettique fera toute la différence.
Qu’est-ce qu’elle montre ?
Quand est-elle prescrite ? Selon la HAS, l’IRM peut être prescrite si :
Important : L’IRM doit être réalisée par un radiologue expérimenté en ostéo-articulaire pour une interprétation fiable.
Maintenant que tu comprends les limites de l’imagerie, voyons quand elle devient effectivement utile.
Certains signes cliniques imposent une imagerie urgente :
🚨 Traumatisme violent (chute sur l’épaule, accident)
🚨 Perte brutale de force ou impossibilité de lever le bras
🚨 Douleur nocturne intense qui réveille systématiquement
🚨 Perte de poids inexpliquée associée à la douleur
🚨 Antécédent de cancer (risque de métastase)
🚨 Fièvre associée à la douleur
🚨 Aucune amélioration après 6 semaines de traitement bien conduit
L’imagerie devient pertinente quand elle va changer la prise en charge :
Avant une infiltration pour s’assurer qu’elle est indiquée et pour guider le geste avec précision.
En préopératoire si une chirurgie est envisagée, pour planifier l’intervention avec précision.
Pour les tendinopathies calcifiantes afin de confirmer la présence et la taille des calcifications avant un traitement spécifique.
Après échec du traitement conservateur (kinésithérapie, médicaments) après 3 à 6 mois, pour comprendre pourquoi la récupération ne progresse pas.
Voici les recommandations officielles françaises :
Le message est clair : l’imagerie doit rester un outil complémentaire, pas le premier réflexe.
Tu as quand même passé une IRM ou une échographie ? Voici comment décrypter ce que tu vas lire, avec le recul nécessaire.
« Tendinopathie » ou « tendinose » Cela signifie que le tendon a changé de structure avec le temps. C’est un phénomène normal lié au vieillissement. Cela ne signifie pas forcément que tu as mal ou que la situation va s’aggraver.
« Bursite » Une inflammation de la bourse séreuse (petit coussin entre les structures). Souvent réversible avec du repos et de la kinésithérapie.
« Arthrose acromio-claviculaire » L’arthrose de la petite articulation en haut de l’épaule. Extrêmement fréquente après 50 ans. La plupart du temps asymptomatique.
« Rupture partielle de la coiffe » Un tendon partiellement abîmé. Beaucoup de personnes vivent très bien avec, sans douleur ni limitation. Le traitement conservateur fonctionne dans 70-80% des cas.
« Conflit sous-acromial » Un terme radiologique qui décrit un rétrécissement de l’espace sous l’acromion. À interpréter avec prudence car il ne corrèle pas toujours avec les symptômes.
Voici une information encourageante : même avec des anomalies visibles à l’imagerie, la kinésithérapie fonctionne.
Étude après étude, la recherche confirme que la rééducation bien conduite donne d’excellents résultats, y compris quand l’imagerie montre :
Comment est-ce possible ?
Parce que la douleur et la fonction ne dépendent pas uniquement de ce qu’on voit à l’imagerie. Elles dépendent de :
Attention, l’imagerie peut aussi créer des problèmes si elle est mal utilisée ou mal interprétée.
Tu connais l’effet placebo ? Le nocebo, c’est l’inverse.
Quand tu lis « rupture », « dégénérescence » ou « arthrose » sur ton compte-rendu, ton cerveau peut enregistrer : « Danger ! Mon épaule est abîmée ! »
Ce processus peut :
C’est ce qu’on appelle la kinésiophobie : la peur du mouvement.
Des études montrent que les patients qui reçoivent des explications alarmantes sur leur imagerie ont de moins bons résultats cliniques, même avec le même traitement.
Une imagerie trop précoce peut mener à :
C’est pourquoi les recommandations insistent : attendre et traiter d’abord conservativement.
L’imagerie peut montrer des anomalies qui n’ont aucun lien avec ta douleur.
Exemple concret : tu as mal après avoir repeint ton plafond (surcharge aiguë). L’IRM montre une tendinopathie chronique (qui était probablement là depuis des années sans te déranger).
Le risque ? Qu’on traite la tendinopathie chronique au lieu de traiter le vrai problème : la surcharge aiguë et le manque de préparation musculaire.
Maintenant que tu as toutes ces informations, résumons.
1. Est-ce que je présente des signes alarmants ? Traumatisme violent, perte de force brutale, douleurs nocturnes insupportables, fièvre ? → Oui, imagerie nécessaire.
2. Est-ce que l’examen clinique a été complet ? Si tu n’as pas eu d’évaluation clinique approfondie, commence par là.
3. Ai-je essayé un traitement conservateur ? Kinésithérapie, repos relatif, ajustement des activités pendant au moins 4-6 semaines ? Si non, essaye d’abord.
4. Le résultat changera-t-il ma prise en charge ? Si la réponse est non, l’imagerie n’est probablement pas utile maintenant.
5. Suis-je prêt à recevoir les résultats avec recul ? Comprends-tu que des anomalies peuvent être normales ? Si non, parle-en d’abord avec ton soignant.
🎯 L’examen clinique prime : c’est lui qui doit guider le diagnostic, pas l’imagerie.
🎯 Les anomalies asymptomatiques sont fréquentes : des millions de personnes vivent très bien avec des « lésions » visibles à l’imagerie.
🎯 L’âge augmente les anomalies : plus on vieillit, plus l’imagerie risque de montrer des changements. C’est physiologique.
🎯 Ne pas confondre corrélation et causalité : ce qui est visible à l’imagerie n’est pas forcément la cause de ta douleur.
🎯 Le traitement conservateur fonctionne : 70-80% de réussite avec la rééducation bien conduite.
🎯 L’imagerie a sa place : mais au bon moment, pour les bonnes raisons, avec la bonne interprétation.
Que tu sois à Bayonne, Biarritz, Anglet, Bidart, Guéthary, Ascain ou dans un petit village de l’intérieur, je propose une prise en charge spécialisée des douleurs d’épaule, avec un bilan initial en cabinet à Saint-Jean-de-Luz, puis un suivi sur mesure à distance, où que tu sois dans le Pays Basque.
Avec mon suivi à distance :
Pour une douleur d'épaule non traumatique, les recommandations conseillent d'attendre au moins 6 semaines de traitement conservateur avant d'envisager une imagerie, sauf présence de red flags.
Absolument ! Environ 20-30% des douleurs d'épaule surviennent sans anomalie visible à l'imagerie. La douleur peut venir de dysfonctions musculaires, de problèmes de contrôle moteur ou de sensibilisation du système nerveux.
Non ! La majorité des ruptures partielles et même certaines ruptures complètes guérissent ou deviennent asymptomatiques avec la rééducation seule. La chirurgie n'est envisagée qu'en cas d'échec du traitement conservateur ou de ruptures massives.
Les calcifications tendineuses (tendinopathie calcifiante) sont fréquentes et souvent bénignes. Elles peuvent se résorber spontanément. Le traitement dépend des symptômes, pas de la taille des calcifications.
• Minagawa et al. (2013) – Prevalence of symptomatic and asymptomatic rotator cuff tears in the general population
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24403741/
• Lawrence et al. (2014) – Comparison of 3-dimensional shoulder complex kinematics
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25098196/
• Koorevaar et al. (2019) – Bilateral magnetic resonance imaging findings in individuals with unilateral shoulder pain
https://www.jshoulderelbow.org/article/S1058-2746(19)30234-4/abstract
• Cools et al. (2016) – Rehabilitation of scapular dyskinesis
https://bjsm.bmj.com/content/48/8/692
• Lewis et al. (2016) – Rotator cuff related shoulder pain: Assessment, management and uncertainties
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27083390/
• HAS (2023) – Conduite diagnostique devant une épaule douloureuse non traumatique de l’adulte
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3463293/fr/quels-diagnostic-et-prise-en-charge-en-cas-d-epaule-douloureuse
• Yamamoto et al. (2010) – Prevalence and risk factors of a rotator cuff tear in the general population
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19540777/
• Sher et al. (1995) – Abnormal findings on magnetic resonance images of asymptomatic shoulders
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7822341/
• Teunis et al. (2014) – A systematic review and pooled analysis of the prevalence of rotator cuff disease with increasing age
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25441568/
• Tempelhof et al. (1999) – Age-related prevalence of rotator cuff tears in asymptomatic shoulders
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10471998/

Iban Berasategui, je suis kinésithérapeute sur Saint Jean de Luz au coeur du Pays Basque depuis 2017.
Je suis spécialisé dans les pathologies de l’épaule chez le sportif.
Je réalise des bilans au cabinet et propose des suivis personnalisé à distance depuis la Côte Basque (64).