Douleur épaule padel et tennis : comment la soigner ?

Douleur épaule padel et tennis : comment la soigner ?

Joueur de padel effectuant un smash, geste sollicitant fortement l'épaule

Tu ressens une douleur épaule padel ou tennis au moment du service ou du smash, elle revient à chaque session, et tu ne sais pas si tu dois arrêter, adapter ton geste ou consulter.

C’est l’une des douleurs les plus fréquentes chez les pratiquants de sports de raquette overhead. Le tennis et le padel sollicitent l’épaule de façon répétée et à haute vitesse, dans une amplitude que peu d’autres gestes du quotidien reproduisent. Comprendre pourquoi cette douleur apparaît, ce qu’elle signifie et comment la traiter change tout dans la façon d’aborder ta rééducation — et ta reprise du jeu.

Pourquoi le service et le smash usent particulièrement l’épaule

Le service au tennis n’est pas un geste anodin. Il représente à lui seul 45 à 60 % des coups joués sur un match [1]. À chaque répétition, l’épaule part en armé maximal — rotation externe extrême, bras au-dessus de la tête — avant d’accélérer brutalement vers l’avant pour frapper la balle. Cette phase d’armé-décélération génère des contraintes considérables sur la coiffe des rotateurs et le bourrelet glénoïdien [2].

Au padel, le mécanisme est différent mais tout aussi exigeant. Le smash et la volée haute imposent une répétition rapide de gestes overhead dans un espace de jeu restreint, avec moins d’amplitude de préparation qu’au tennis mais une fréquence de frappe souvent plus élevée sur un match.

Dans les deux sports, le point commun reste le même : une chaîne cinétique qui doit transmettre l’énergie des jambes jusqu’au bras, en passant par le tronc et l’omoplate. Chez de nombreux joueurs, l’omoplate se décale ou perd son rythme de mouvement pendant le geste — c’est ce qu’on appelle une dyskinésie scapulaire.

Ce point mérite une nuance importante, car la littérature scientifique reste partagée sur son rôle réel. Une méta-analyse de 2017 a rapporté un risque de douleur d’épaule augmenté de 43 % chez des athlètes asymptomatiques présentant une dyskinésie scapulaire au départ [3]. Mais une méta-analyse plus récente, portant sur un échantillon plus large, n’a retrouvé aucune association statistiquement significative entre dyskinésie scapulaire et risque de blessure d’épaule [4]. Et pour cause : la dyskinésie scapulaire est extrêmement fréquente chez des sportifs overhead totalement asymptomatiques — jusqu’à 48 % selon une revue de littérature de 2023, qui pose ouvertement la question de savoir si ce signe doit être considéré comme une variante normale plutôt qu’une anomalie à corriger systématiquement [5]. Concrètement : observer une dyskinésie scapulaire chez un joueur ne suffit pas à expliquer sa douleur. C’est un signe clinique à intégrer dans un bilan complet du geste, pas un verdict isolé.

Ce que montre l’imagerie dynamique

Des études utilisant la capture de mouvement couplée à l’IRM ont observé que le service de tennis provoque le plus souvent un conflit interne postéro-supérieur — un contact anormal entre la tête humérale, le bourrelet et la coiffe, à l’arrière et au-dessus de l’articulation — plutôt qu’un simple conflit sous-acromial classique [6] [7]. C’est une nuance importante : elle explique pourquoi les protocoles génériques de conflit sous-acromial ne suffisent pas toujours chez le sportif de raquette et doivent être adaptés au geste spécifique.

Les pathologies les plus fréquentes chez le tennisman et le padeleur

Surcharge

Tendinopathie de la coiffe des rotateurs

La plus fréquente. Microtraumatismes répétés du supra-épineux et de l’infra-épineux liés au geste d’armé-frappe.

  • Douleur progressive au service ou au smash
  • Peut évoluer vers une déchirure partielle chez le joueur plus âgé
Conflit interne

Conflit postéro-supérieur et lésions du bourrelet (SLAP)

Lié à l’amplitude extrême de rotation externe en position d’armé. Fréquent chez le joueur régulier de tennis.

  • Douleur postérieure profonde, parfois ressentie comme un « coincement »
  • À différencier d’une lésion SLAP franche par un examen clinique ciblé
Déséquilibre

Déficit de rotation interne glénohumérale (GIRD)

Adaptation capsulaire du bras dominant qui, mal compensée, augmente le risque de blessure à l’épaule.

  • Se dépiste par la mesure des amplitudes en cabinet
  • Mécanisme proche de ce qu’on observe chez le volleyeur

Ce que montrent les études sur les blessures d’épaule au tennis et au padel

Le padel est un sport jeune sur le plan scientifique, mais la littérature s’étoffe vite — logique, vu sa croissance. Une étude menée sur 950 joueurs amateurs de padel distingue deux constats différents : d’une part, l’épaule et le coude sont les deux zones du haut du corps les plus fréquemment touchées ; d’autre part, tous types de blessures confondus, le tendon est le tissu le plus souvent lésé. Le détail par sexe affine encore le tableau : les hommes présentent davantage de lésions musculaires et ligamentaires à l’épaule et de lésions tendineuses au coude, tandis que les femmes présentent davantage de lésions musculaires à l’épaule, ligamentaires au coude et osseuses au poignet [8]. Une analyse cinématique tridimensionnelle du geste de frappe au padel a par ailleurs confirmé que les amplitudes élevées de rotation gléno-humérale et le tilt scapulaire observés pendant le jeu augmentent le risque de lésion du bourrelet (SLAP), de conflit et de déficit de rotation interne (GIRD) [9]. Une étude belge portant sur 457 joueurs récréatifs a chiffré le taux de blessure à 2,81 pour 1 000 heures de jeu, tous types de blessures confondus [10].

45–60 %
des coups joués sur un match de tennis sont des services
Jusqu’à 48 %
des sportifs overhead sans aucune douleur présentent une dyskinésie scapulaire
2,81‰h
taux de blessure chez les joueurs de padel récréatifs
Épaule + coude
zones du haut du corps les plus fréquemment touchées au padel

Tennis, padel : deux gestes, deux contraintes différentes pour l’épaule

Critère Tennis Padel
Geste principal à risque Service (armé complet, rotation externe maximale) Smash et volée haute (amplitude réduite, fréquence élevée)
Amplitude articulaire Très grande amplitude, mouvement complet du bras Amplitude plus courte, gestes plus brefs et répétés
Contrainte dominante Conflit interne postéro-supérieur, coiffe, bourrelet Surcharge tendineuse liée au volume de frappes, GIRD
Profil de pratiquant type Joueur régulier, souvent depuis l’enfance Joueur souvent plus récent sur le sport, technique encore en construction

Cette différence a une conséquence directe sur la rééducation. Chez le tennisman, le travail porte surtout sur le contrôle de l’amplitude extrême et la gestion du conflit interne. Chez le padeleur — souvent moins expérimenté techniquement, le sport étant plus récent en France — l’accent doit davantage porter sur la correction du geste et le renforcement du volume de tolérance à la charge, car la technique est encore un facteur de risque à part entière.

Les erreurs qui entretiennent la douleur

Ce qui aggrave (souvent sans le savoir) une douleur d’épaule au service

  • Continuer à jouer « en serrant les dents » en espérant que ça passe avec l’échauffement
  • Négliger le renforcement de la coiffe des rotateurs et des stabilisateurs de l’omoplate en dehors des séances de jeu
  • Changer de raquette (poids, équilibre) sans réadaptation progressive du geste
  • Reprendre le jeu à pleine intensité après une période d’arrêt, sans phase de réathlétisation
  • Consulter uniquement pour une imagerie, sans bilan fonctionnel du geste sportif lui-même

La rééducation en pratique : ce qui fonctionne vraiment

Phase 1 — Calmer la douleur et comprendre le mécanisme

Bilan clinique complet du geste (pas seulement de l’épaule au repos), gestion de la charge d’entraînement, travail antalgique ciblé.

Phase 2 — Restaurer la mobilité et optimiser le contrôle scapulaire

Travail spécifique de la mobilité gléno-humérale (notamment la rotation interne si un GIRD est présent) et de la qualité du rythme scapulo-huméral au sein du geste — sans viser à « corriger » une dyskinésie scapulaire isolée comme s’il s’agissait d’une anomalie en soi, mais bien la fonction globale du complexe de l’épaule.

Phase 3 — Renforcer la coiffe et la chaîne cinétique complète

Renforcement excentrique et fonctionnel de la coiffe des rotateurs, du tronc et des membres inférieurs — la chaîne qui alimente le geste de frappe.

Phase 4 — Réintégrer le geste sportif spécifique

Retour progressif au service ou au smash, avec des critères objectifs de reprise plutôt qu’un simple ressenti de « ça va mieux ».

Mon avis de kinésithérapeute spécialiste de l’épaule

J’ai suivi un joueur de padel amateur de 44 ans, pratiquant trois fois par semaine depuis un an, qui présentait une douleur antérieure d’épaule apparue progressivement au smash. Le bilan a révélé un déficit de rotation interne marqué du côté dominant et une dyskinésie scapulaire nette — rien à l’IRM qui aurait justifié une prise en charge chirurgicale. Trois mois de travail ciblé sur la mobilité, le contrôle scapulaire et la technique de frappe, en lien avec son coach de padel, ont suffi à une reprise complète sans douleur.

C’est une situation que je rencontre très régulièrement dans mon cabinet à Saint-Jean-de-Luz, où le padel s’est fortement développé ces dernières années, avec des structures à Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Biarritz et Hendaye. La majorité des douleurs d’épaule chez le tennisman et le padeleur amateur ne relèvent pas de la chirurgie. Elles relèvent d’un déficit identifiable et corrigeable — à condition de l’évaluer avec un œil qui connaît le geste sportif, pas seulement l’articulation.

L’essentiel à retenir

La douleur d’épaule au tennis et au padel vient presque toujours d’un déficit de mobilité, de contrôle scapulaire ou de tolérance à la charge — pas d’une lésion grave nécessitant une opération d’emblée. Un bilan qui analyse le geste sportif, pas seulement l’articulation au repos, est la clé d’une rééducation efficace.

Une douleur d’épaule qui revient à chaque service ou smash ?

Que tu joues à Saint-Jean-de-Luz, à Bayonne ou ailleurs en France, je propose un bilan complet — en cabinet ou à distance — centré sur ton geste sportif.

  • Bilan vidéo de ton geste de service ou de smash
  • Programme de rééducation personnalisé, en cabinet ou à distance
  • Suivi hebdomadaire et ajustements réguliers
  • Accompagnement pensé spécifiquement pour le sportif overhead
  • Retour au jeu progressif avec des critères objectifs

Prendre rendez-vous

Questions fréquentes

Pourquoi j’ai mal à l’épaule uniquement au service ou au smash ?

Parce que ce geste sollicite l’épaule dans une amplitude et à une vitesse que peu d’autres mouvements du quotidien reproduisent. La douleur apparaît quand un maillon de la chaîne — mobilité, contrôle scapulaire, force de la coiffe — ne suit plus la charge imposée par le geste.

Dois-je arrêter le tennis ou le padel si j’ai mal à l’épaule ?

Pas systématiquement. Dans la majorité des cas, une adaptation temporaire du volume de jeu associée à une rééducation ciblée suffit. L’arrêt total est rarement nécessaire, sauf en cas de douleur aiguë ou de signe d’alerte identifié lors du bilan.

Le padel est-il plus dangereux que le tennis pour l’épaule ?

Non, les deux sports exposent l’épaule différemment. Le tennis impose une amplitude plus extrême sur le service ; le padel impose une fréquence de frappe plus élevée dans un espace réduit. Le risque dépend surtout du niveau technique et de la charge d’entraînement, pas uniquement du sport pratiqué.

Qu’est-ce que le GIRD et comment savoir si je suis concerné ?

Le GIRD est un déficit de rotation interne de l’épaule du bras dominant, lié à l’adaptation répétée du geste de frappe. Il se mesure lors d’un bilan kinésithérapique par comparaison des amplitudes entre les deux épaules.

Faut-il faire une IRM avant de consulter un kiné pour une douleur d’épaule au tennis ou au padel ?

Pas nécessairement en première intention. Un bilan clinique du geste sportif permet souvent d’orienter le diagnostic. L’imagerie est utile en complément, notamment si la douleur persiste malgré une rééducation bien conduite.

La rééducation à distance fonctionne-t-elle pour une douleur d’épaule liée au sport de raquette ?

Oui, à condition qu’elle repose sur un bilan vidéo précis du geste et un programme personnalisé et suivi. C’est une option adaptée pour les joueurs qui n’ont pas de kinésithérapeute spécialisé en épaule près de chez eux.

Sources scientifiques

  • Alrabaa R. et al. (2020) — Rotator Cuff Injuries in Tennis Players. Current Reviews in Musculoskeletal Medicine. Lien
  • Dines J. et al. (2015) — Tennis Injuries: Epidemiology, Pathophysiology, and Treatment. Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons. Lien
  • Hickey D. et al. (2017) — Scapular dyskinesis increases the risk of future shoulder pain by 43% in asymptomatic athletes: a systematic review and meta-analysis. British Journal of Sports Medicine. Lien
  • Hogan C. et al. (2020) — Scapular Dyskinesis Is Not an Isolated Risk Factor for Shoulder Injury in Athletes: A Systematic Review and Meta-analysis. The American Journal of Sports Medicine. Lien
  • Salamh P. et al. (2023) — Is it Time to Normalize Scapular Dyskinesis? The Incidence of Scapular Dyskinesis in Those With and Without Symptoms. International Journal of Sports Physical Therapy. Lien
  • Charbonnier C. et al. (2015) — Shoulder motion during tennis serve: dynamic and radiological evaluation. International Journal of Computer Assisted Radiology and Surgery. Lien
  • Lädermann A. et al. (2014) — Kinematics of the shoulder joint in tennis players. Journal of Science and Medicine in Sport. Lien
  • Muñoz D. et al. (2022) — Incidence of Upper Body Injuries in Amateur Padel Players. International Journal of Environmental Research and Public Health. Lien
  • de Sire A. et al. (2023) — Risk of injury and kinematic assessment of the shoulder biomechanics during strokes in padel players. The Journal of Sports Medicine and Physical Fitness. Lien
  • Declève P. et al. (2025) — Prevalence and injury profiles for recreational padel players. Physical Therapy in Sport. Lien